L’esclavage (ou pas) en deux films : « Django Unchained » et « Lincoln »

Un moment que je dois vous parler de mes dernières séances mais le temps plus que l’envie (comme toujours) manque.

Une fois n’est pas coutume, un article pour vous parler de deux films actuellement à l’affiche et dont l’esclavage est la toile de fond.

Commençons par celui dont la sortie est plus ancienne, ce qui signifie qu’il ne vous reste plus énormément de temps (si le votre est devenu comme le mien, divisé en deux) pour le voir sur grand écran.

L’audacieux Django Unchained ★★★★☆

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Le pitch :

Dans le sud des États-Unis, deux ans avant la guerre de Sécession, le Dr King Schultz, un chasseur de primes allemand, fait l’acquisition de Django, un esclave qui peut l’aider à traquer les frères Brittle, les meurtriers qu’il recherche. Schultz promet à Django de lui rendre sa liberté lorsqu’il aura capturé les Brittle – morts ou vifs.
Alors que les deux hommes pistent les dangereux criminels, Django n’oublie pas que son seul but est de retrouver Broomhilda, sa femme, dont il fut séparé à cause du commerce des esclaves…
Lorsque Django et Schultz arrivent dans l’immense plantation du puissant Calvin Candie, ils éveillent les soupçons de Stephen, un esclave qui sert Candie et a toute sa confiance. Le moindre de leurs mouvements est désormais épié par une dangereuse organisation de plus en plus proche… Si Django et Schultz veulent espérer s’enfuir avec Broomhilda, ils vont devoir choisir entre l’indépendance et la solidarité, entre le sacrifice et la survie…

Ce que j’en pense :

Django Unchained, c’est du grand Tarantino !Il ne fallait pas attendre du réalisateur d’Inglorious Basterds, un film conventionnel sur (fond) d’esclavage ou même un film historique, n’en déplaise à Spike Lee et autres détracteurs.

Tarantino opte pour le Western Spaghetti pour donner vie à ce scénario redoutablement efficace. Sans être fan du genre, je me suis laissée embarquée dans cette histoire originale. Un voyage alimenté de scènes assez difficiles, voir insupportables par moments, mais néanmoins de qualité, d’un point de vue purement cinématographique. Tarantino ne nous a rien épargné et encore, je le soupçonne de s’être bridé.

J’ai plusieurs fois fermé les yeux, mais connaissant le picth du film depuis plus d’un an, je savais à quoi m’attendre. Pour autant, j’avais vraiment hâte de voir la « lecture » de Tarantino de ce chapitre de l’histoire-véritable holocauste, pour emprunter les mots de Spike Lee-vraiment dégueulasse des États-Unis.

Et c’est en cela que j’ai beaucoup aimé Django Unchained. Tarantino a su trouver l’équilibre parfait entre le divertissement et le ton didactique, certes léger, mais tout de même indispensable à une telle œuvre. Divertir de manière efficace sans tomber dans la caricature, pire le négationnisme, tels étaient les enjeux de Django Unchained, et le moins que l’on puisse dire c’est que le réalisateur était attendu au tournant. Disons le clairement : certains lui ont même fait un procès d’intention.

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En ce qui concerne le divertissement, Tarantino a convoqué un casting d’exception, à qui il a confié des rôles brillamment écrits et dont on a pu deviner l’immense travail de composition. Je veux parler de Jamie Foxx, que j’aurais bien vu sur le banc des nommés à l’Oscar du Meilleur Acteur. J’ai ressenti une véritable mise à nue (c’est le cas de le dire :)) de la part de l’acteur, dépouillé de son couteau suisse d’expressions que j’ai toujours trouvé figées. Sorte d’angoisse expressive du comédien de Stand Up qui s’est retrouvé propulsé du jour au lendemain au Box Office, raflant un Oscar (cf.Ray) sans passer par la case Actor Studio. Il suffit de quelques minutes pour que Jamie devienne Django et personne d’autre. Il épouse ce rôle corps et âme et le transcende. On a qu’une seule hâte, connaître la suite du programme !

Et que dire de Leonardo Dicaprio ? Odieusement brillant. La pupille animée du sadisme de son personnage, l’acteur brille par son ignominie. Avec sa gueule d’ange et son visage poupin, là encore ça n’était pas gagné, même si on l’avait déjà vu assez sombre.

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Mention spéciale pour Samuel L. Jackson, version démoniaque du bananiesque Uncle Ben’s, prêt à casser du nègre, pour le fun, comme si sa propre vie en dépendait.

Un personnage secondaire qui n’intervient qu’ à la fin du film, mais qui permet finalement au film d’échapper à une vision un peu manichéenne dans laquelle est un peu tombé Spielberg avec son « Lincoln ».

Le démagogique Lincoln ★☆☆☆☆

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Oui plus démagogique que manichéen.

Le pitch :

C’est l’histoire comme l’a si bien résumée Lily, de Lincoln et de son tumultueux chemin vers l’abolition de l’esclavage. Pas un Biopic effectivement, mais une Histoire avec un grand H. L’histoire d’un homme (les dernières années de sa vie), 16ème président des États-Unis d’Amérique, qui pour des raisons aussi sombres que la pellicule, se bat pour faire voter un amendement qui lui coutera la vie. Le 13ème amendement, celui qui abolit l’esclavage.

Ce que j’en pense :

LINCOLN

Je n’ai pas aimé le film. Je m’y suis terriblement ennuyée et j’ai été quelque peu blasée par l’angle de vue choisi par Spielberg. Comme pour Amistad, on sent que Spielberg s’est saisi d’un sujet qu’il lui tenait à cœur de raconter, mais là encore on tombe dans une lecture unilatérale et ethnocentrée des évènements. Un scénario démagogique. Sans calcul je le pense de la part de Spielberg, mais plutôt par maladresse et finalement habitude. Cette manière d’interpeller le grand public sur des sujets entendus comme étant historiques et horribles, sans faire l’effort de la nuance, leur donner plus de relief que celui fourni par un choix d’acteurs brillants au jeu impeccable. Le spectateur se retrouve même un peu pris au piège de cette mise en scène parfaite, léchée, qui éclipse les lacunes d’un film qui dure beaucoup trop longtemps pour ce que l’on y apprend. C’est un peu la même critique que je faisais à Invictus .

De la même manière que dans son film Eastwood n’avait pas jugé utile, de nous montrer les sud africains, Spielberg n’a pas vu la nécessite dans un film traitant d’un enjeu aussi énorme que l’abolition de l’esclavage de donner la parole à d’autres protagonistes que des politicards bavards. Oh oui il y a bien un soldat au début du film et la gouvernante de Madame Lincoln dont on nous gratifie d’avis quant à la portée des évènements qui se déroulent (et dont ils sont quand même les principaux sujets), s’apparentant à des murmures…

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L’action de Lincoln démarre avec la guerre de Sécession. Qu’en est-il du personnage de Fréderick Douglass, l’un des plus célèbres abolitionnistes (noir) américain du 19ème siècle. Douglass va mener une campagne politique sans précédent afin que les soldats noirs aient le droit de combattre aux côtés des autres américains de l’Union lors de la guerre de Sécession. Engagement qui constituait pour lui la première étape de l’obtention des droits civiques pour les noirs.

« Que le Noir parvienne seulement à porter sur sa personne les lettres de cuivres U.S., qu’il arrive à mettre un aigle sur ses boutons, un fusil sur son épaule et des balles dans sa poche, et aucun pouvoir au monde ne pourra plus nier qu’il a gagné le droit de devenir un citoyen. »

Plusieurs idées de Douglass ont d’ailleurs été reprises par Lincoln.

Et pourtant, encore une fois c’est une lecture partisane et unilatérale de l’histoire que nous livre ce film. Dommage.

Je mets une étoile au film pour le jeu magistral des acteurs. Daniel Day Lewis, Sally Field et Tommy Lee Jones sont exceptionnels. Malheureusement Lincoln n’est pas une pièce de théâtre mais un film.

2 Comments on L’esclavage (ou pas) en deux films : « Django Unchained » et « Lincoln »

  1. Tony
    11 février 2013 at 13 h 10 min (1 année ago)

    Merci pour l’article ,
    c’est assez proche de ce que je pense de Django unchained (bien que j’ai des petites réserves) quand à  »Lincoln » c effectivement une longue tradition de Hollywood de réinterpréter l’histoire et de montrer uniquement le point de vue du blanc.
    J’attends de voir ce que va donner ‘ 12 years a slave’ de Steeve Mc Queen qui risque d’être autre chose…

    à l’exemple de Steve Mc queen , j’aimerais que d’autre réalisateur afro s’empare du sujet et qu’il n’y est plus d’insulte envers l’escalavage comme a èté la merde ‘case départ.

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  2. missflo6
    11 février 2013 at 21 h 37 min (1 année ago)

    Moi aussi j’ai beaucoup aimé Django c’est sans doute parce que c’est Tarantino qui est derrière le projet. Jamie Foxx, Leonardo Di Caprio, Samuel L Jackson sont des acteurs admirables.

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