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Lecture

Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie

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Je réalise que je ne vous ai pas parlé d’Americanah le roman de Chimamanda Ngozi Adichie paru en 2015. J’ai récemment assisté à l’évènement (La Nuit des idées) organisé par le quai d’Orsay à Paris, dont l’écrivaine nigériane était l’invitée d’honneur. A l’issue de cette rencontre j’ai été confortée dans l’idée que Chimamanda Ngozi Adichie est une femme importante dont les idées (féministes) peuvent contribuer à changer le monde. Dans cette optique il est important d’écouter ce qu’elle a à dire, mais surtout de la lire, car écrire est son métier. Et quelle plume ! Américanah est pour moi une belle illustration de la manière dont on peut impacter la société à travers la littérature.

En relisant récemment le livre (que j’avais englouti trop rapidement à mon goût à l’époque de sa sortie), je me suis dit qu’il était vraiment important que l’on ne passe pas à côté de ce que je considère comme une œuvre essentielle et inter-générationnelle. J’ai aimé Américanah, je pense que ma mère l’apprécierait et je le garde dans ma bibliothèque pour qu’un jour ma fille puisse le lire si elle le souhaite. Dans Américanah, Chimamanda NA nous offre un autre point de vue sur le monde, différent de celui des occidentaux (et donc trop souvent ethnocentré) que l’on entend toujours.

L’écrivain suédois Henning Mankell a déclaré un jour «Nous savons comment meurent les Africains, mais jamais comment ils vivent.» J’ai trouvé cette phrase tellement juste et elle résume tout l’enjeu de la promotion de livres comme Américanah. Les médias se plaisent à nous entretenir exclusivement des drames de l’Afrique et des Africains. C’est important qu’ils le fassent, mais il est également légitime que d’autres histoires, d’autres trajectoires de vie que celles des migrants ou celles des victimes de guerres civiles ou de génocides puissent également émerger de ces récits. Toutes ces histoires sont de toutes les manières imbriquées et il est plus juste à mes yeux de donner des noms et des voix à ceux qui sont également les acteurs de ce monde, de cette Afrique là. C’est ce que fait Chimamanda NA à travers toute son œuvre et dans Américanah elle le fait particulièrement bien.

Le livre

Au Nigéria, on appelle les personnes qui ont vécu aux Etats-Unis et qui de retour aux pays adoptent des manières affectées et un air fanfaron des « Américanah ». C’est tout ce que Ifémélu l’héroïne du roman espère ne pas devenir, mais après de nombreuses années  de vie  aux Etats-Unis elle va devoir se rendre à l’évidence : elle a changé. Tout au long du livre l’auteure va nous parler de ce changement. On suit donc cette jeune femme issue d’une famille de classe moyenne nigériane, des bancs du lycée à Lagos, aux amphithéâtres de l’Université de Princeton aux Etats-Unis, jusqu’à son retour aux Nigéria  15 ans plus tard. Américanah ce sont les pérégrinations d’Ifémélu qui en quittant Lagos pour aller poursuivre ses études aux Etats-Unis dit aurevoir à ses parents, son Amour de jeunesse Obinze et en quelque sorte une partie de son insouciance.

Le roman est organisé de telle manière que l’on navigue au gré des souvenirs des différents protagonistes entre plusieurs continents, plusieurs réalités et autant de mentalités différentes. Les descriptions et les détails sont nombreux sur la vie au Nigéria, le fossé entre les différentes classes sociales, le quotidien des nigérians et des nigérianes à travers des archétypes que l’on retrouve notamment dans les fictions Africaines : le patron macho, l’épouse soumise, la femme de ménage un peu simplette, la maîtresse vénale…En cela, les lecteurs et les lectrices familières de ce type de représentations pourront avoir une impression de déjà vu. Mais Chimamanda Ngozi Adichie tout en conservant ces figures (par besoin d’authenticité d’un récit résolument ancré dans la réalité), va nous proposer d’autres personnages, qui pour le coup sont rarement présentés dans la littérature qui parle d’Afrique. C’est Ifémélu elle-même, une jeune femme qui questionne le monde en s’affranchissant du déterminisme de genre qui gangrène la société Africaine à bien des égards. Ifémélu est féministe, elle entend disposer de son corps comme elle le souhaite. Elle a un discours construit dans ce sens, et ne loupe pas une occasion pour dézinguer la masculinité toxique. Elle est rejointe dans ce sens par la mère de son premier petit ami Obinze. Une intellectuelle, qui ne s’en laisse pas compter non plus. Obinze lui apparaît comme un jeune homme, doux, tendre, attentionné, intellectuel, amoureux et qui ne manque pas de le faire savoir. Obinze est également féministe. Lui comme d’autres personnages masculins du roman se mettent à nu, affichent leurs sentiments, leurs faiblesses. C’est suffisamment rare pour être mentionné et c’est très important pour un personnage Africain auquel d’autres hommes pourraient s’identifier.

Américanah nous parle de la manière dont vivent les Africains, en Afrique, mais aussi des rapports interpersonnels des immigrants. De ces masques que certains adoptent (Ifémélu compris) lorsqu’ils se retrouvent loin de chez eux… Un mélange de complexe et d’instinct de survie. L’auteure n’est jamais complaisante et n’hésite pas à mettre le doigt sur les archaïsmes et les différents maux qui abiment le vivre ensemble.

La vie aux Etats-Unis est l’occasion pour l’auteure d’aborder la question raciale et la manière dont s’articulent les rapports sociaux dans un pays qui prétend que tout est possible sur son sol à condition de le vouloir.

On a également beaucoup parlé d’Américanah comme d’un roman qui parle du corps des femmes noires et de leurs cheveux. Et à juste titre, car les développements qui sont consacrés à ces questions montrent à quels point elles sont politiques et qu’il est important pour les femmes noires de se réapproprier une identité mise à mal depuis l’esclavage.

Enfin j’ai aimé ce roman car Ifémélu y existe dans toute la complexité qui peut résider dans le corps et dans l’esprit d’une femme noire cosmopolite.

Les critiques y sont acerbes et peuvent parfois paraître aisées voir gratuites, mais elles sont nécéssaires et surtout elle ne dispensent pas Chimamanda NA de faire la propmotion de très belles valeurs comme l’amour et la solidarité féminine qui irriguent tout le roman.

Je vous le recommande, vraiment.

 

 

>>>>Du même auteure : « L’Autre Moitié du Soleil ». Lire ma chronique ici

 

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8 Commentaires

  • Reply Ossombo

    Ton article m’a donné qu’une seule envie, me jeter sur ce bouquin que j’ai depuis 2 ans dans ma bibliothèque! J’aime cette femme et ses idées et surtout ce qu’elle dégage . Cependant j’ai beaucoup de mal avec à lecture d’un de ses livres « l’hibiscus pourpre »; l’as tu lu ?

    10 février 2018 at 3 03 33 02332
  • Reply Sheily Parisienne

    C’est ma boss qui me l’avait recommandé. L’achète de ce pas, et ce via ton lien 😉 !

    10 février 2018 at 9 09 10 02102
  • Reply Kaliny

    To. Article : exactement ce que j’ai pensé du livre
    Je trouves qu’il raisonne en beaucoup de femmes parce que c’eat Le reflet de pleins de moments de nos vies on a tous un peu d’ifemelu en nous
    Et l’analyse sociale et raciale que Chimamanda en fait est d’une accuracy sur certains point confortante pour beaucoup d’entre nous et mets en lumière une réalité que beaucoup ne aoupçonne pas oui tout le monde devrait le lire

    11 février 2018 at 3 03 02 02022
  • Reply Lea

    Je l ai acheté, je l’ai lu et savoure.
    A certains moments c était un miroir pour moi, le fait de se reconnaître dans certaines situations.
    J’ai donc décidé d acheter 3 autres livres.
    Actuellement je lis  » l autre moitié du soleil ».
    Je recommande A Fond.

    12 février 2018 at 11 11 31 02312
    • Reply D.

      J’ai ressenti la même chose que toi à sa lecture : un miroir ! L’autre moitié du soleil est magistral ! J’ai fait une revue dessus sur le blog si jamais tu veux échanger après ta lecture 🙂

      20 février 2018 at 12 12 56 02562
  • Reply Émilie

    Chère Danielle, puisque tu aimes lire et apprécies les très grandes dames de la littérature, je me permets de te conseiller un chef-d’œuvre (selon moi) (l’expression « mon dernier coup de cœur » me semble tellement fade) : « No Home » de Yaa Gyasi. Tellement émouvant qu’après certains chapitres je devais laisser ce livre de côté le temps de « digérer » pour pouvoir y revenir quelques jours plus tard.

    9 août 2018 at 18 06 37 08378
  • Reply Judlor

    Bonjour Danielle. Je suis en pleine lecture de ce roman que je trouve fabuleux. Toutes les femmes noires se reconnaîtront dans au moins un passage de ce livre. J’aurai aimé vivre cette vie d’Ifemelu, me dégager de toutes les contraintes sociales qui m’ont tant étouffé toute m vie et qu’a L’age Adulte j’ai du mal à m’en défaire. Le roman est écrit tout simplement et se lit assez rapidement.

    28 août 2018 at 21 09 38 08388
    • Reply D.

      Je suis d’accord avec vous, on se reconnaît assez facilement dans au moins une anecdote (quasiment toutes pour moi :)) Bises

      29 août 2018 at 22 10 10 08108

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