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Cinéma

Big Love: La polygamie selon HBO

Cette chaîne ne cessera donc jamais de me faire plaisir !
Après ma découverte très tardive (une décennie !) de OZ(pour moi l’une des meilleures série sur et en milieu carcéral) il y a quelques mois (que j’ai dévoré en quelques jours) voilà que Big Love la série diffusée par la chaîne depuis 2006 me tombe dessus.
Je flânais dans l’espace culturel de mon Leclerc et en tête de gondole dans un immense bac marqué tout à 10euros je vois la première saison de Big Love. Je savais vaguement de quoi il en retournait et le casting (Bill Paxton, Chloe Sevigny entre autres) a fini de me convaincre.
Au bout de la saison 2 et je ne pouvais déjà plus me débarrasser de la petite ritournelle de la chanson « God Only Knows » des Beach Boys qui constituait alors le générique pour le moins amusant de la série.

Big Love c’est l’histoire de Bill Henrickson et de sa famille hors la loi du commun.
Bill c’est le patriarche américain idéalisé, qui a réussi à monter sa petite entreprise en partant de rien, à la seule force du poignet, qui porte plutôt bien le pantalon Dockers et la chemise à carreaux.
Bill élève sa famille dans le patriotisme et l’amour de Dieu.
Tout aurait pu être parfait dans le meilleur des mondes si nous n’étions pas sur HBO j’ai envie de dire !
Je vous rappelle que le slogan de la chaîne est : « This is not télévision, this is HBO » donc pour la version contemporaine des Ingalls, on repassera.

La famille en or de Bill se compose sans complexe de Barbara(à droite sur la photo) sa première femme (et seule officielle) de Nicky(la blonde) « épousée » 14 ans plus tard alors qu’elle soignait Barbara atteinte d’un cancer et de Margene(à l’extrême gauche) la petite dernière âgé de 20 et quelques années qui était purement et simplement la baby sitter des enfants !
A ce stade du résumé je me demande où je suis encore tombée, surtout que le pilote de la série s’ouvre sur les « visites conjugales » de Bill à ses épouses qui sur ce coup là ne donne pas dans la mormonerie si vous voyez ce que je veux dire.

Et là je me dis, mouais, le Bill c’est un polygame qui gère bien sa petite entreprise : trois maisons qui communiquent entre elles, un emploi du temps mensuel établit par Barbara l’aînée des « soeurs-épouses », une entreprise prospère qui lui permet de faire tenir tout ça debout sans être inquiété par le voisinage ou les autorités , le tout arrosé de bons sentiments.

En somme pas de quoi faire tomber « ma sorcière bien aimée » de son balais et me rajouter un rdv série hebdo,
mais pourtant je suis restée en me disant que cette série n’était pas aussi simple qu’il y parait.
C’est que Bill et sa petite famille ne pratiquent pas le mormonisme telle qu’on le connaît, non c’est une forme un peu plus libre, limite plus tordue je dirais mais qui se veut plus évoluée plus libérale.
 Il s’agit du culte de l’ Église Fondamentaliste de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours,  un mouvement religieux issu du mormonisme dont le chef spirituel est le prophète Joseph Smith .Ce mouvement  établit le mariage plural comme principe et comme clé pour accéder au royaume de Dieu.
Ce culte bien entendu qualifié de secte aux États-Unis et dans l’Utah la ville où se déroule la série condamne ses adeptes à vivre reclus en communauté.
Bill est lui même originaire de la communauté de Juniper Creek d’où il a été chassé par son père à l’âge de 14 ans.
Bien que pratiquant lui-même le principe, Bill souhaite rompre avec les pratiques plus que douteuses de Juniper Creek  savamment orchestrées par Roman Grant le propre père de Nicki , qui apres l’avoir » promise » a un homme bien plus âge qu’elle l’a marie à l’âge de 15 ans.

Nicki découvre le « livre du plaisir »  sorte de book présentant des photos de jeunes filles bonnes à marier

Bill quelque peu déçu et désabusé par ces nombreuses dérives et fort du dicton « nul n’est prophète en son pays » décide de créer sa propre église dont il sera si ce n’est le prophète, au moins le détenteur de la prêtrise.

Bill Henrickson baptise sa fille dans sa piscine

Ce qui plaît dans Big Love c’est le sujet original , peu conventionnel et tabou de la polygamie qui est traité sous un angle très américain et selon une interprétation libre des scénaristes.
Face au succès de la série et au plébiscite des téléspectateurs , l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, dont les membres, au nombre de 13 millions, sont connus dans le monde entier sous le nom de mormons, a voulu éviter tout amalgame et  fait la déclaration suivante à propos du feuilleton :

« L’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours a officiellement mis un terme à la polygamie en 1890. Tout membre de l’Église qui la pratique aujourd’hui est excommunié. Les groupes qui continuent de la pratiquer en Utah et ailleurs n’ont aucun lien avec l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours ; la plupart des gens qui la pratiquent n’ont jamais compté parmi ses membres. L’Église est depuis longtemps préoccupée par la poursuite de la pratique illégale de la polygamie, en particulier par les rapports de sévices à l’encontre des conjoints et des enfants émanant aujourd’hui de communautés polygames. Il serait regrettable que ce feuilleton, en faisant de la polygamie un sujet de divertissement, minimise la gravité du problème des sévices. Les représentants de l’Église ont demandé aux producteurs de HBO d’envisager de publier au début de l’émission un démenti dissociant la pratique actuelle de la polygamie de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours »
C’est justement cette approche très surprenante entre le feuilleton familial de 20H, le Soap Opera et la série épique qui séduit dans Big Love.

Mark V. Olsen et Will Scheffer les  créateurs semblent nous dire : Oubliez tout ce que vous avez vu ou entendu sur la polygamie, ceci est bien pire et nettement plus divertissant !
D’ailleurs ils se défendent d’avoir voulu y apporter un quelconque jugement de valeur, la série est vendue comme du divertissement pur.
Il faudrait être naïf ou mal connaitre HBO pour se contenter de cela, et il suffit d’écouter et de regarder le très beau générique de la saison 4 (« Home » by Engineers) pour se rendre compte que cette série est de l’ironie pure !
Chacun personnage se débat avec ses démons intérieurs et tente de faire croire aux autres que toutes ses actions sont guidées par le bien-être collectif.
Cette série aurait pu s’intituler « It was just a lie » et  plus on avance dans les saisons, plus on réalise qu’il ne s’agit pas tant de la polygamie que du modèle de réussite WASP qui est mis sur le bûcher.
D’ailleurs la réplique « Moi au moins je ne me sers pas Dieu pour justifier mes péchés » adressée par un personnage féminin à Bill pourrait résumer la pensée des créateurs.
Cette série est comme un microcosme de l’Amérique ultra capitaliste et paradoxalement tout aussi religieuse et l’Utah ne nous a jamais semblé aussi minuscule que dans cette série.
Les personnages féminins y sont très présents et particulièrement intéressants. A travers eux on peut se poser la question de la réalité du système patriarcal vanté par l’Amérique.
Chacune des épouses a son caractère qui au fil de la série devient de plus en plus affirmé au point de mettre en péril le Big Love auquel elles ont adhéré…

Big Love est une série qui souffre parfois de quelques longueurs rapidement compensées par l’excellent jeu de ses acteurs et ses nombreux personnages qui ont chacun une destinée qui leur ait propre.
Elle prend le risque de rattacher au thème initial ceux de l’homosexualité, l’adoption, la stérilité, la dépression féminine, la sexualité des ados…
Comme toute série on accroche ou pas dès les premiers épisodes.
J’ai tout de suite accroché et me suis rapidement attachée aux personnages dont celui de Nicki joué avec brio par une Chloe Sevigny que tout ceux qui se plaignaient de la voir trop souvent dans les pages people et pas assez sur les écrans seront contents de retrouver.
Son interprétation de Nicolette Grant la jeune épouse renfrognée, pudique mais néanmoins langue de vipère lui a valu un Goden Globe en début d’année.
Comme de nombreux téléspectateurs, je ne peux désormais plus me passer de sa voix grave, de ses répliques sanglantes et j’attends impatiemment la saison 5 pour la voir définitivement prendre son envol!

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7 Commentaires

  • Reply Mali rêve...

    j'avais vu quelques extraits…mais jamais eu le temps de voir même un épisode…par ces temps de grand froid qui approchent très vite et où je commence mon hibernation;) tu me donne bien envie de visionner la série…
    bizz

    27 octobre 2010 at 10 10 48 104810
  • Reply D.

    Ouii parfaite avec un thé ou chocolat chaud sous un plaid.
    En attendant la saison 5, je me lance à la poursuite de Dexter, Cougar Town et Gossip Girls la suite 😀

    27 octobre 2010 at 10 10 52 105210
  • Reply mariga(z)

    Je viens de finir la saison 1… mais ma moitié, ne sachant pas bien où aller avec Big Love a malheureusement décroché en cours de route !
    Je suis assez d'accord avec toi et l'on retrouve parfaitement l'ADN des séries HBO : ironie et jeux d'acteurs étonnants…
    En revanche, les USA ne perçoivent pas l' »église fondamentaliste de J.-C. des Saints des derniers jours » telle qu'une « secte », si ce n'est dans le sens polémique du terme , mais comme un mouvement religieux issu du mormonisme et donc de « l'Eglise des Saints des derniers jours » (on fait l'amalgame bien souvent dans les médias…) qui est l'Eglise Mormone !
    Pour avoir été en Utah, où 50% de la population est mormone….. et avoir croisé des fondamentalistes (on les reconnait à leur look d'un autre âge !) dans le sud de l'Idaho surtout…. je confirme qu'à nos yeux ça reste étrange.
    Cela dit, en Utah, tout « paraît » plus beau, plus propre, plus « gentil » que partout ailleurs aux USA, que c'en est même … flippant ! à SLC pas une herbe ne dépasse, la ville est trop propre, il n'y a pas d'embouteillage … bref, ça nous a fait une drôle d'impression.
    Le lotissement de Bill existe… ils sont tous comme ça ^^
    J'ai encore en mémoire St George (Utah) où nous nous sommes rendus 2 fois… En 2004, de passage, nous y avions déjeuné, c'était le dimanche de la Fête des Mères et de grandes tablées de personnes endimanchées (collants blanc, robes à smocks…) des familles de 10, voire plus… déjeunaient au Applebees du coin 🙂
    Même si la polygamie est interdite, elle n'existe effectivement pas que dans les communautés fondamentalistes, là où les jeunes garçons sont en général bannis à l'adolescence ! et à l'image de Bill, ces jeunes garçons peuvent parfois reproduire le schéma polygame à l'extérieur de la communauté (une histoire banale finalement ?) …

    27 octobre 2010 at 20 08 36 103610
  • Reply mariga(z)

    (suite)

    Cela dit, en Utah, tout « paraît » plus beau, plus propre, plus « gentil » que partout ailleurs aux USA, que c'en est même … flippant ! à SLC pas une herbe ne dépasse, la ville est trop propre, il n'y a pas d'embouteillage … bref, ça nous a fait une drôle d'impression.
    Le lotissement de Bill existe… ils sont tous comme ça ^^
    J'ai encore en mémoire St George (Utah) où nous nous sommes rendus 2 fois… En 2004, de passage, nous y avions déjeuné, c'était le dimanche de la Fête des Mères et de grandes tablées de personnes endimanchées (collants blanc, robes à smocks…) des familles de 10, voire plus… déjeunaient au Applebees du coin 🙂
    Même si la polygamie est interdite, elle n'existe effectivement pas que dans les communautés fondamentalistes, là où les jeunes garçons sont en général bannis à l'adolescence ! et à l'image de Bill, ces jeunes garçons peuvent parfois reproduire le schéma polygame à l'extérieur de la communauté (une histoire banale finalement ?) …

    27 octobre 2010 at 20 08 37 103710
  • Reply D.

    La mienne aussi de moitié a décroché tiens!
    Mais j'ai poursuivis sans lui 😀

    Oui c'est vrai pour l'Eglise des Saints des derniers jours » on a vite fait de qualifier de secte mais cela reste un terme encadré et ça ne l'est pas.

    Je me demandais justement si le lotissement de Bill n'était pas un peu trop propre sur lui!
    J'aime encore plus la série, merci pour ces éclaircissement!!!

    C'est pour ça que j'aime les blogs en fait 🙂

    27 octobre 2010 at 22 10 46 104610
  • Reply Lionne

    Dès que j'ai le temps, je m'y colle! PS: pourquoi t'es plus sur Hellocoton, on peut plus « liker » tes articles! 🙁

    28 octobre 2010 at 23 11 24 102410
  • Reply D.

    Moi je commence Maison Close et United States of Tara!
    Pour Hello Coton c'est surement depuis que j'ai changé mon template, je vais regarder ça, merci.

    29 octobre 2010 at 6 06 39 103910
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