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Cinéma

Carancho de Pablo Tapero ♥♥♥♥

En sortant de la projection de ce film, je me suis dit qu’il vaut mieux voir peu de films mais de bons.
Malheureusement ces bons films sont rarement grand public pour la simple raison qu’il sont peu distribués.
Alors il faut fouiner un peu pour les trouver, relire parfois le synopsis plusieurs fois, et décortiquer un peu les critiques des spectateurs dont beaucoup y sont allés juste pour passer le temps parce que n’est pas leur cinéma : Film étranger, pas de tête d’affiche internationale, pas d’effets spéciaux et une fin  qui interroge plus qu’elle ne résout.
Chaque fois que je vois un de ces films (cf Submarino), je regrette qu’ils soient subtilement (mais certainement) classés « underground », diffusés dans les petites salles, celles où l’on s’étonne qu’il existe des écrans de cinéma aussi petits.
Peu importe, cela n’altère en rien la qualité de l’œuvre…

A la base de Carancho, il y a une histoire que j’ai trouvé plûtot intéréssante et un phénomène completement inédit pour moi : Dans l’Argentine gangrénnée par la corruption s’est dévellopé un étrange business, celui des carancho, ces avocats spécialisés dans les accidents de la circulation.
Comme dans de nombreux pays sous develloppés, les accidents de la route sont devenus l’un des principales cause de mortalité. En argentine pas moins de 80 000 personnes trouvent la mort chaque année dans un accident de la circulation et près de 120 000 sont bléssées.
Une véritable manne pour les compagnies d’assurance, mais aussi pour les avocats comme Sosa qui tel un vautour sillonne les routes de Buenos Aires à la recherche de clients potentiels. Sa route va naturellement croiser celle de Luján médecin urgentiste passionnée par son travail mais au bout du rouleau.
Une romance débute entre Sosa et Luján et chacun va bientôt découvrir les démons de l’autre : La jeune femme ne compte plus ses heures de travail et cela fait plusieurs années qu’elle se drogue pour tenir la cadence. Quant à Sosa, il a franchi la ligne rouge en s’associant à une organisation de malfaiteurs qui paye des familles désœuvrées pour qu’elles sacrifient l’un des leur dans un accident provoqué et empochent le jackpot.
Un soir la situation dégénère et Sosa perd son ami dans un accident qu’il a lui même provoqué. En arrivant sur les lieux de l’accident, Lujan la jeune urgentiste comprend la combine et ne souhaite plus revoir Sosa, mais il est déjà trop tard. Tous les deux sont imbriqués dans une situation qui donne l’occasion au réalisateur d’aborder une tranche de vie tragique où la mort et la violence que l’on afflige aux corps côtoient la beauté des sentiments et celle de la vie noyée dans la misère.
C’est de cela dont il est ici question : La misère humaine, bien plus que la misère matérielle qui n’apparait pas ici comme on pourrait le penser pour un film tourné sur les routes de Buenos Aires et celle sur laquelle le réalisateur souhaite attirer notre attention. Il le fait de manière très subtile, presque pudique comme s’il s’interdisait de juger, mais le film n’évite pas le côté moralisateur avec une fin aussi violente que l’est l’existence de ses principaux protagonistes.
Le scénario est déroulé à la manière de ces films d’auteur étrangers, comme un diesel ce qui peut ennuyer au début, mais le jeu des acteurs est suffisamment efficace pour que l’on ne décroche pas complètement. Ce film est un film d’auteur, dont l’auteur par définition s’attache plus à livrer son sentiment sur une situation d’ensemble qu’à réaliser des prouesses scénaristes.
Certains reprocheront à ce film sa grande violence, mais pour ma part je ne l’ai pas trouvée effarante comme elle peut l’être dans « The Killer Inside Me » et absolument nécessaire une fois de plus (serais-je une adepte de la violence au cinéma?!) pour illuster la parabole du drame du genre humain qui est ici décrite.
Il ne serait pas approprié de dire que j’ai passé un « bon » moment  de cinéma, mais j’ai passé un moment très fort.
Quand on sait que des films comme « Requiem for a dream » sont aujourd’hui considérés comme des classiques (du genre) , je pense que tout le monde sera d’accord pour dire que le cinéma n’est pas toujours agréable et que d’ailleurs il n’a pas la vocation ultime de l’être.
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2 Commentaires

  • Reply FOB

    Le cinéma c'est fait pour rêver, s'évader mais aussi pour nous rappeler la réalité de la vie, nous questionner, nous faire nous remettre en question. C'est en ça que j'aime les films d'auteur. Et hélas comme tu l'as si bien mentionné, ces films sont très peu distribués, la loi de l'offre et de la demande sûrement. Au moins ce qui est bien à Paris y a toujours moyen de trouver une salle. Moi je n'ai pas eu cette chance pour ce film que j'attendais avec impatience depuis le dernier festival de Cannes 🙁

    Très bonne critique qui me donne encore plus envie de le voir grrrrrr

    12 mars 2011 at 13 01 36 03363
  • Reply D.

    Oui Fob, la loi de l'offre et la demande…
    J'espère que tu le trouvera dans une dernière petite salle 🙂

    13 mars 2011 at 8 08 53 03533
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