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Dear Mister Président

En temps normal j’aurais déjà sombré dans les bras de morphé. Mais voilà, nous ne sommes pas en temps normal, les américains s’apprêtent à élire le président le plus influent du monde: le Président des Etats-Unis d’Amérique.
Je me sens comme une veille de départ en colo, comme un veille de rentrée scolaire, comme une veille de grand oral. Je n’arrive pas à dormir comme par peur de rater quelque chose. Il semblerait qu’une partie de l’histoire de l’humanité se joue dans quelques heures. Vous en doutez encore?
Peu importe que vous-vous sentiez ou non concerné, je ne le suis sans doute pas plus que vous, mais ce qui me préoccupe c’est de savoir si le type de lettre* ci-dessous sera de nouveau adressée au président garant de l’équilibre du monde.

C’était en 2003 mais c’est comme si c’était hier, disons que les choses n’ont pas beaucoup évolué depuis. Je fais partie de ces rares personnes qui ne sont pas fascinées par les Etats-Unis d’Amérique, mais je comprends que le plus grand nombre se disent qu’avec l’élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis d’Amérique, A CHANGE IS GONNA COME. Nous avons beaucoup entendu le slogan de campagne très américain YES WE CAN.
Pour moi là n’est pas le problème, n’importe qui finalement peu gouverner cet étrange pays, Bush la fait tant mal que mal.
Ce slogan m’a inspiré tout au long de la campagne un autre qui est plus une philosophie de vie: « It’s easy to do, SO JUST DO IT« . Finalement très américain, mais ça n’est pas autre chose que « qui veut, peut« , et pour aller plus loin « qui veut aller loin ménage sa monture« .
Le temps n’est plus au bla-bla et aux slogans bon marché. Le refrain que nous chantonions tous en coeur: « IF I RULE THE RULED » est désormais derrière vous Monsieur le président.
Prenez vos responsabilités et ne nous décevez pas.
The Worl is (tragically) Yours!

Cette lettre a été écrite par Paulo Coelho le 9 mars 2003, soit dix jours avant l’invasion de l’Irak.
Il s’agit de son texte le plus lu jusqu’à ce jour.Publié dans les plus grands journaux de la planète et largement diffusé sur internet, il a été lu par près de 500 millions de personnes.

Mille mercis, président Bush, par Paulo Coelho

(…)Mais j’ai des raisons de vous remercier. Au cours des deux premiers mois de l’année 2003, vous avez su montrer au monde beaucoup de choses importantes, et pour cela vous méritez ma reconnaissance. Ainsi, me rappelant un poème que j’ai appris enfant, je veux vous dire merci.

Merci de montrer à tous que le peuple turc et son Parlement ne se vendent pas, même pour 26 milliards de dollars.

Merci de révéler au monde le gigantesque abîme qui existe entre les
décisions des gouvernants et les désirs du peuple. De faire apparaître
clairement que José Maria Aznar comme Tony Blair n’ont aucun respect pour les voix qui les ont élus et n’en tiennent aucun compte. Aznar est capable d’ignorer que 90 % des Espagnols sont opposés à la guerre, et Blair ne fait aucun cas de la plus grande manifestation publique de ces trente dernières années en Angleterre.

Merci, car votre persévérance a forcé Tony Blair à se rendre au Parlement britannique avec un dossier truqué, rédigé par un étudiant il y a dix ans, et à le présenter comme « des preuves irréfutables recueillies par les services secrets britanniques ».

Merci d’avoir fait en sorte que Colin Powell s’expose au ridicule en
présentant au Conseil de sécurité de l’ONU des photos qui, une semaine plus tard, ont été publiquement contestées par Hans Blix, l’inspecteur
responsable du désarmement de l’Irak.

Merci, car votre position a valu au ministre français des affaires
étrangères Dominique de Villepin, prononçant son discours contre la guerre, l’honneur d’être applaudi en séance plénière ce qui, à ma connaissance, n’était arrivé qu’une fois dans l’histoire des Nations unies, à l’occasion d’un discours de Nelson Mandela.

Merci, car grâce à vos efforts en faveur de la guerre, pour la première fois, les nations arabes en général divisées ont unanimement condamné une invasion, lors de la rencontre du Caire, la dernière semaine de février.

Merci, car grâce à votre rhétorique affirmant que « l’ONU avait une chance de démontrer son importance », même les pays les plus réfractaires ont fini par prendre position contre une attaque de l’Irak.

Merci pour votre politique extérieure qui a conduit le ministre britannique des affaires étrangères, Jack Straw, à déclarer en plein XXIe siècle qu' »une guerre peut avoir des justifications morales » et à perdre ainsi toute sa crédibilité.

Merci d’essayer de diviser une Europe qui lutte pour son unification ; cet avertissement ne sera pas ignoré.

Merci d’avoir réussi ce que peu de gens ont réussi en un siècle : rassembler des millions de personnes, sur tous les continents, qui se battent pour la même idée bien que cette idée soit opposée à la vôtre.

Merci de nous faire de nouveau sentir que nos paroles, même si elles ne sont pas entendues, sont au moins prononcées. Cela nous donnera davantage de force dans l’avenir.

Merci de nous ignorer, de marginaliser tous ceux qui ont pris position contre votre décision, car l’avenir de la Terre appartient aux exclus.
Merci parce que, sans vous, nous n’aurions pas connu notre capacité de mobilisation. Peut-être ne servira-t-elle à rien aujourd’hui, mais elle sera certainement utile plus tard.

A présent que les tambours de la guerre semblent résonner de manière
irréversible, je veux faire miens les mots qu’un roi européen adressa
autrefois à un envahisseur : « Que pour vous la matinée soit belle, que le soleil brille sur les armures de vos soldats car cet après-midi je vous mettrai en déroute. »

Merci de nous permettre à tous, armée d’anonymes qui nous promenons dans les rues pour tenter d’arrêter un processus désormais en marche, de découvrir ce qu’est la sensation d’impuissance, d’apprendre à l’affronter et à la transformer.

Donc, profitez de votre matinée, et de ce qu’elle peut encore vous apporter de gloire.

Merci, car vous ne nous avez pas écoutés, et ne nous avez pas pris au
sérieux. Sachez bien que nous, nous vous écoutons et que nous n’oublierons pas vos propos.

Merci, grand dirigeant George W. Bush.

Merci beaucoup.

Paulo Coelho est écrivain.
Traduit du portugais (Brésil) par Françoise Marchand Sauvagnargues
© Paulo Coelho

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2 Commentaires

  • Reply nubiennes

    YES WE DID !!!

    5 novembre 2008 at 8 08 01 110111
  • Reply Oriane

    Je ne connaissais pas cette lettre, je suis très peu la politique, mais je respecte beaucoup Paulo Coelho. Merci, c’était très intéressant.

    5 novembre 2008 at 12 12 03 110311
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