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Hope less

Le magazine Psychologie aborde ce mois un sujet intéressant mais souvent ignoré car certainement peu vendeur: « Pourquoi avons nous peur de devenir SDF ».
Je ne me serais sûrement pas arrêtée sur ces deux pages si je n’avais eu il y a quelques temps une conversation avec une amie qui me disait que la plus grande peur de sa soeur était de devenir SDF…Clocharde.
Connaissant le niveau de revenu de cette personne, je me suis alors dit que ça n’était pas raisonnable, ni même envisageable, qu’elle était à des milliers de lieux de tomber si bas(sur le trottoir) et que quand bien même elle se retrouvait comme ces gens qui à la faveur d’un mauvais placement ou d’un divorce difficile ont tout perdu, elle aurait toujours sa famille, une valeur refuge, l’ultime garantie.
Mais comme toutes les peurs, la crainte de se retrouver sans domicile fixe a quelque chose d’irrationnel, c’est un truc qui vient du fin fond de soi et qui n’est pas nécessairement lié à la conjoncture comme le rappelle Isabelle Taubes, l’auteur de l’article.
L’angoisse de se retrouver SDF ne date pas de la crise actuelle, celle-ci ne fait que la renforcer.
Ce qui me surprend le plus c’est de savoir que cette peur habite aujourd’hui 60% des français contre 47% hier.
Les français se laisseraient-ils aller à une fascination du pire ou quelque chose s’est brisé au sein de notre société?
Assistons-nous impuissants à une mutation profonde de la société en proie à une crise de valeurs qui se manifeste par un pessimisme que je qualifierais de survie?
Je crains donc je suis.
Nous sommes bien loin de l’espoir ou du changement labellisé par les chefs d’états de Nicolas Sarkozy à Barack Obama.
Il ne suffit pas de travailler plus pour gagner plus, la majorité des français aimerait se retrousser les manches, se lever tôt et aller au charbon. Parfois on veut , mais malheureusement on ne peut tout simplement pas.
No we Can’t.

Le fait est que la rue vous condamne à une mort sociale quasi irréversible.
Ne pas avoir de domicile fixe, entendu comme une boîte aux lettre portant votre nom vous exclu d’office, même intégré dans le système, vous devenez de ce fait un marginal.
Et pourtant, combien de personnes paient des loyers exorbitants pour des chambres de 10m2 dans des hôtels au mois, parce que leur revenus pourtant suffisants puisqu’ils leur permettent de régler leur note tous les mois ne présentent paradoxalement pas assez d’intérêt pour les proprios.
Combien de personnes ont du renoncer à un habitat classique pour les même raisons ?

La communauté gitane dont le fait de vivre en caravane relève plus du mode de vie que de la précarité a toujours été montrée du doigt et stigmatisée.
Pourtant ça n’est pas pire que de vivre dans une cité HLM de 4 barres et de 30 étages chacune.
Pendant longtemps le terme « foyer » a eu une connotation négative alors que celui-ci désigne plus l’emballage que le produit.
Chaque société a ses travers avec lesquels elle vit un peu comme une fatalité, un revers de médaille pour tous les autres avantages qu’elle présente.
Prenons l’Afrique où l’on nous vante l’absence du stress qui mine les sociétés occidentales et qui est désigné comme l’une des principales cause de toutes ces peurs que l’on qualifie là bas d’irrationnelles.
Il y fait tellement bon vivre que certains maux pourtant eux bien rationnels n’y existent tout simplement pas.
Il est plus confortable de considérer la schizophrénie comme de la sorcellerie, mais le terme handicapé est quasi inexistant du vocabulaire ou réservé aux handicaps extrêmement lourds.

Tant qu’il y a de la vie , il y a de l’espoir.
Alors une personne qui se déplace malgré une jambe broyée, sera une personne qui a juste « mal au pieds ».
Yes we can!

En France il a fallu des lois pour obliger les entreprise à embaucher ces personnes qui ne supportent juste pas longtemps les stations debout pour cause de bassin artificiel ou ont besoin d’écrans plus larges et de claviers spéciaux mais peuvent tout autant.
Pour moi ce 60% d’Hope-Less révèle la brutalité d’une société ou il semblerait qu’un homme doivent considérer avoir raté sa vie si a 50 ans il n’a pas une Rollex.
Dans les années 80 ont disait tout bonnement clochard. C’était franc du collet, brutal et ça mettait le doigt où ça fait mal.
Aujourd’hui on dit SDF, de la même façon que l’on ne dit pas noir, ça passe mieux et tout le monde termine son trajet de métro les yeux rivés sur son journal en priant le ciel que cela ne nous arrive jamais, car cela nous tuerait…
Je profite(comme toujours) de cette réflexion pour vous parler du très beau livre de photos que j’ai acheté à la fondation Helmut Newton à Berlin.
Le livre présente des photos prises par le photographe Colin Jones entre 1973 et 1976 dans un hôtel du quartier Holloway à Londres.

En 1973 Jones est chargé par le Sunday Times de réaliser une série de photos afin d’illustrer un article sur le projet dit « Harambee ».
L’article sera publié sous le titre « On the edge of the Ghetto ».
Plus tard en 1977 ces photos seront exposées ainsi que toutes celles prises par Jones sous le titre « The Blak House ».
« The Black House » c’est le nom que les occupants eux-même avaient donné à cet endroit. Un lieu au coeur d’un projet communautaire destiné à aidé les jeunes noirs en leur fournissant un logement provisoire leur permettant de faciliter leur démarches de recherche d’emploi et leur permettre de se réinsérer plus facilement au sein de la société ou tout simplement les aider à passer une période difficile.
L’initiateur, Herman Edwards, apportait grâce à ce projet une solution à un problème face auquel les autorités locales se déclaraient alors impuissantes.
La particularité de cette entreprise est qu’elle était basée sur une auto gérance, les occupants étant eux-même en charge de l’entretient et de l’administration des lieux.
« Brother Herman », pensait que donner de véritables responsabilités à des personnes exclues par la société constituait un moyen de les responsabiliser et de leur permettre de retrouver un peu de l’estime de soi qu’ils avaient perdu dans la rue.
Ces photos de Colin Jones constituent un véritable témoignage de ce que peut être la vie en marge en balayant au passage quelques clichés que la population pouvait avoir concernant cette communauté constituée d’immigrés et de natifs.
Le glamour de ces photos pourrait laisser penser que shooter la misère est une chose facile…
Mais les propos de Jones recueillis par Mike Phillips traduisent bien la triste réalité dont il témoigne.

« My camera in this house was very intrusive so I wasn’t always able to use it as it could have provoked some situations to turn violent. The problem is that I am white and this people with all their problems have very little to loose.Sometimes when I go through the front doors, I can feel the pressure in the place »


The Black House ,Colin Jones
The Black House ,Colin Jones
The Black House ,Colin Jones

« In one photograph a boy sits with a pigeon in his lap, both of them grounded and confined in a small space. The boy’s face express a fascinatd blend of hope and fear »

The Black House ,Colin Jones
The Black House ,Colin Jones

Ce que j’ai aimé par dessus tout dans ces photos, c’est la vie qui prends les dessus malgré tout:Les rires, la connivence des couples, la coquetterie des années 70…On voit bien que certains sont plus âgés mais ils ont presque tous l’air adolescents.
J’aurais aimé qu’un photographe face le même travail de témoignage avec les occupants de l’église Saint-Bernard à Paris, parce que lorsque je regardais les reportages que les journaux télévisés consacraient au sujet, je sentais bien que quelque chose était entrain de changer dans notre société, que l’on oublierait sans doute très vite ce qui marque pourtant une vie…

The Black House ,Colin Jones

C’est ce qui m’a attiré dans ce livre.
Une sorte d’acte militant malgré soit, un art qui ne s’ancre pas seulement dans le présent comme l’envisageais Picasso, mais dans la vie.
Jones l’exprime ainsi:
« Over the four years of my visiting the Black House, the reality of what I had been doing was only made clear to me on the opening night of the exhibition, when I was asked: « Wich part of America did you take these photographs? »
Holloway Road, about three miles from where we are both standing. I now realise it could have been anywhere in the world where a small community is threatened and afraid… »

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4 Commentaires

  • Reply mariga(z)

    Ce livre est un beau témoignage !

    13 mars 2009 at 10 10 39 03393
  • Reply isabelle

    Peut-être que des photos ont déjà été réalisées et que le photographe peine à trouver un éditeur ou une salle où exposer tant le sujet est « difficile ». Ces photos sont superbes et c’est juste qu’on y sent souvent une joie de vivre malgré tout. Ton post est vraiment d’actualité.

    16 mars 2009 at 14 02 28 03283
  • Reply la fée

    hin et je parie qu’on peut pas trouver ce livre en France hiences photos sont sublimes , ça c’est bien un bouquin que j’aimerais partager avec mes enfants pour le coup !!!

    20 mars 2009 at 12 12 31 03313
  • Reply Danielle

    @Isabelle:Tu as surement raison…@la fée: il est disponible sur amazone.

    20 mars 2009 at 22 10 18 03183
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