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La rétrospective Basquiat au musée d’Art moderne

 Cela ne vous aura pas échappé : Basquiat est à l’honneur en France depuis quelques jours. Après l’excellent documentaire de Tamra Davis (toujours sur nos écrans) c’est au tour du Musée d’Art moderne de la ville de Paris de lui rendre hommage à travers une rétrospective à la hauteur du grand  artiste qu’il était !

J’attendais beaucoup de cette exposition, et j’étais notamment très curieuse de voir les toiles et les dessins qui apparaissent dans le documentaire de Tamra Davis. Je n’ai pas été déçue parce qu’en plus de pouvoir approcher les toiles (que je préfère aux dessins) j’ai pu comprendre un peu mieux sa philosophie et sa personnalité. Passer de longues minutes à regarder et essayer de décrypter les toiles dont certaines renferment de véritables énigmes même pour les plus érudits fut pour moi beaucoup plus enrichissant et beaucoup plus stimulant que la consultation du bouquin le plus complet.

Basquiat n’aimait pas que l’on fasse référence à lui comme un peintre afro-américain, mais exigeait que l’on fasse référence à lui en tant qu’artiste.
Si sa démarche ne s’inscrit pas dans une revendication  raciale, sa peinture rend néanmoins un hommage parfois teintée d’ironie (Il est surprenant que Basquiat intitule une toile « Cassius Clay » en 1982 lorsque l’on sait que le boxeur abandonne ce patronyme pour celui de Mohammed Ali en 1965 ) aux personnalités afro-américaines qu’il admirait et qui se sont notamment illustrées dans les domaines de la musique et du sport. Ces personnages portent souvent la couronne comme signe de majestuosité et son affublés de tenues de boxe comme le symbole du combat perpétuel qu’ils devaient mener…

La toile au titre mythologique  « Jawbone of an ass » sur laquelle on peut voir un individu au visage dubitatif qui côtoie une multitude de références historiques couvrant des siècles et des siècles nous renseigne sur le crédit qu’il accordait à ce type d’enseignement. Sans rejeter, ni entériner une histoire de l’humanité qui part dans tous les sens comme en témoignent les nombreuses flèches et les individus qui se disputent pour un motif qu’eux même semblent ignorer, Basquiat nous invite à nous interroger…

L’impressionnant triptyque « Charles the first » mérite particulièrement d’être vu des près.

Et la mention « Most young  kings get their head cut off » confirme ce combat de Basquiat pour une réhabilitation de ceux qu’ils considère comme des rois. Basquiat barrait toujours les mots sur lesquels il souhaitait mettre l’emphase. On peut donc supposer que Basquiat s’identifiait lui-même à ces jeunes rois qui comme Charles Ier furent décapités .

La toile « Irony of a negro policeman » de 1981 confirme le caractère souvent satirique de l’oeuvre de Basquiat.
Alors que les personnages de Basquiat portent tous la couronne, celui-ci porte le couvre chef que sa fonction exige. On peut également remarquer que les personnages de rue de l’artiste sont pour la plupart affublés de griffes aux mains et aux pieds. Ce policier n’en possède que sur un pied.
Dans d’autres toiles on peut y lire une satire de la société de consommation, de l’impérialisme américain mais également de l’esclavage et de la colonisation avec de nombreuses références à Haïti dont le père de Jean-Michel était originaire.

L’on pourrait penser que la peinture de Basquiat est très factuelle, et même si de nombreuses oeuvres correspondent à des évènements précis de sa vie ou font référence aux rapports avec son père que l’on devine conflictuels, il suffit de consulter les dessins qu’il réalise enfant pour comprendre que l’artiste portait déjà en lui quelque chose de poétique, de mystérieux et de symbolique qui lui conférait sans doute cet incroyable charisme auquel de nombreuses personnalités comme Andy Warhol furent sensibles.
A ce sujet, une partie de l’exposition est consacrée à son collaboration avec le maître du pop art. Une collaboration qui n’a pas su me toucher et que j’ai trouvé plus opportuniste qu’autre chose.

Quoi qu’il en soit je vous invite vivement à découvrir ou redécouvrir Jean Michel Basquiat grâce à cette très belle rétrospective.
Pour ma part, je vais chercher à voir le film « Downtown 81 » qui met en scène l’artiste et qui est diffusé actuellement au MK2 Beaubourg.

Dans un autre registre pour ceux que ça intéresse, Reebok rend de nouveau hommage à Basquiat en habillant d’imprimés colorés les icônes de la marque que sont la City Jam, la Pump, la Phase II et la Top Town disponibles en éditions ultra limitées chez Colette, Agnès.B, le Corner Reebok et le Musée d’art Moderne. Avis aux collectionneurs !

Jean Michel Basquiat jusqu’au 30 janvier 2011 au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris.
11, av. du Président Wilson 75116 Paris

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