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Cinéma

« Même la pluie » de Icíar Bollaín ♥ ♥ ♥

J’ai passé un bon moment de cinéma devant  ce long métrage français, mexicain et espagnol.
De cinéma parce qu’il s’agit d’un drame qui ne raconte rien de nouveau, mais nous renvoie à nos chimères parfois difficiles à assumer.
Sebastian (Gael García Bernal) un jeune réalisateur idéaliste et ambitieux, Costa ( Luis Tosar) son producteur et toute leur équipe de tournage débarquent en Bolivie pour tourner un film relatant sans fards l’arrivée de Christophe Colomb au « nouveau monde ».
Le choix de la Bolivie est animé par la volonté de faire face à un budget serré en faisant appel à des figurants locaux, tout en profitant des somptueux paysages naturels qu’offre ce pays. 

Le tournage du film est déjà bien entamé lorsque Sebastian et Costa sont confrontés à la révolte de la population locale (dont tous les figurants font partie) face au gouvernement qui veut leur imposer une privatisation de l’accès à l’eau courante.
Sebsatian pour qui le film est un véritable acte militant (« Cette révolte passera mais le film restera pour toujours ») ne prend pas la mesure de la révolte ambiante et de son caractère vital. Il entend poursuivre le film coûte que coûte. Daniel Hatuey  (Carlos Aduviri) l’une des têtes pensante de la révolte et également  l’un des acteurs principal du film essaye de faire comprendre à ces étrangers que l’eau c’est la vie et que si les habitants ne se battent pas, bientôt les multinationales leur prendront  même l’eau de pluie…
L’histoire est donc celle d’une révolte populaire qui se mue en guerre de survie comme celle qu’ont connu les habitants de Cochabamba en Bolivie en Avril 2000 et dont le film s’inspire.
Au delà de cet intérêt historique, c’est la façon d’aborder ces faits qui est intéressante : la réalisatrice a choisi d’utiliser une sorte d’effet miroir pour permettre au spectateur d’assister à ce bal des vanités qui perdure à travers les siècles.
Sebastian conçoit son film comme la nécessité de témoigner sans complaisance sur les méfaits de la colonisation au point qu’il ne réalise pas qu’il reproduit lui-même, à sa manière cette exploitation humaine dont se sont rendus coupables C. Colomb et ses hommes.
Le spectateur assiste alors à un va et vient bien mené d’un côté (le tournage du film historique) et de l’autre (les manifestations pour l’eau, la dureté de la vie quotidienne en Bolivie) du miroir tendu par la réalisatrice.
Les deux aspects sont très bien menés : le tournage du film devient aussi réaliste pour les figurants que pour nous spectateurs et l’on souhaite en savoir plus sur la révolte mais surtout le moment où le miroir se brisera et les deux réalités se rejoindront.
Si le film prend parfois des raccourcis qui le rendent par certains aspects démagogique (la scène où l’équipe de tournage rencontre un homme politique et le cynisme moralisateur du personnage qui joue C.Colomb) cela est très subtile, je dirais même que c’est le fruit d’une maladresse qui fait figure de détail dans un film finalement pas si simple à réaliser.
L’indulgence est donc de mise face à ces infimes « lourdeurs » et surtout n’affecte en aucune  façon la manière brillante dont la réalisatrice nous invite à  « pénétrer » le film.
Un bon film porté aussi bien par les acteurs professionnels que les amateurs, qui je l’espère (puisque je n’en ai pas vu d’autres pour le moment) décrochera l’Oscar du meilleur film étranger car c’est celui qui a été choisi par l’Espagne pour la représenter.
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