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Portrait croisé : Stephen Frears x Cathrine Breillat


Chéri

Comme son nom l’indique, ce film est une véritable douceur, un bijou dans son écrin.
Tout y est savamment dosé, les rôles intelligemment distribués, le texte lentement distillé et Paris magnifiquement filmé!
C’est à Colette que l’on doit cette histoire d’amour passionnée et néanmoins impossible entre le trop jeune chéri(Ruppert Friend) et la sulfureuse Nounoune (Michel Pfieffer).
Une réalisation signée Stephen Frears qui a le chic pour prendre les histoires à contre courant: Un film d’à peine 1h30 lorsque l’on s’attend à un fleuve, un vocabulaire simple qui charrie des costumes fastueux, une histoire qui se passe à Paris avec des acteurs américains qui parlent un anglais britannique.
Tout cela certainement pour nous faire oublier le drame qui se trame et nous assener le mot « fin » quand on s’attend à ce qu’un torrent de passion se déchaîne.
Ci ce n’est pas cela un bon film, alors je vous demande de m’en citer un seul qui traite du même sujet avec autant d’élégance, de délicatesse, d’irrévérence et surtout de talent.


A quelques détails près, ce film m’a agréablement rappelé le singulier « Une vieille maîtresse » de Cathrine Breillat sortit en 2007.
le film se déroule à peu près à la même époque et à Paris, à croire que cette ville est propice au jeu des « Liaisons dangereuses » .
La vieille maîtresse, qui va hanter et torturer le ménage est également une courtisane qui entretient depuis plus de 10 ans une liaison épicée au je t’aime/moi non plus avec le jeune Ryno de Marigny(.
Ici la réplique de Valmont est campée par l’illustre inconnu Fu’ad Aid Aattou aussi vaporeux, mais beaucoup plus charnu et charnel(des lèvres à damner un saint! ndlr) que Ruppert Friend qui ne tient pas la distance écrasé par les monstres du cinéma que sont Pfieffer et Kathy Bates mais à qui l’histoire donne une place de choix, donc indispensable.


L’histoire d’une veille maîtresse est beaucoup moins lisse que celle de chéri donc un chouïa plus intéressante.
La courtisane jouée par Asia Argento est aussi sulfureuse et mystérieuse que l’actrice. Fille naturelle des amours d’une duchesse et d’un torero sa place dans cette haute société est elle même contestée.
Asia semble être dans ses petits chaussons, même si elle peine parfois à venir à bout des subtilités de la langue.
Comme Chéri, le film est également une adaptation, celle de l’ouvrage du même nom que l’on doit à Barbey d’Aurevilly.
On ne lui en veut pas car la force de son personnage réside plus dans une gestuelle que dans sa diction.
Elle est comme Michelle Pfieffer parfaite, et toutes deux portent le costume de la courtisane adapté au besoins du scénario.


Là où chez Frears la soie, se mêle au pastel des satins, chez Breillat c’est en dentelle noire et détails baroque que l’on voit le démon de la séduction. Chose rare, les tatouages de l’actrice ne sont pas dissimulés et même intégrés à l’esthétique du personnage comme pour trancher avec la vision romantique des courtisanes de la haute société entretenue par la littérature de l’époque et préservée par Frears.
D’aucun diront même que ce faste des costumes a pu étouffer un peu le scénario de Chéri. Je ne suis pas de cet avis et trouve Ruppert Friend d’une élégance à couper le souffle(c’est d’ailleurs ce qui se produit…)


Comme la distribution pourrait le laisser entendre, les scènes sont plus sulfureuses dans le film de Breillat, ce qui donne plus d’authenticité à l’histoire. De plus la vie de débauche du jeune premier n’est pas simplement suggérée comme dans Chéri et l’on comprend alors mieux le désarroi du jeune époux marié contre sa volonté et son désespoir de ne pouvoir donner libre cours à son véritable amour.
Dans les deux cas un sevrage sera nécessaire, mais l’issue ne pourra en être que fatale.
Stephen Frears a alors le génie de lancer le générique de fin et de laisser le spectateur réfléchir, une veille maîtresse est un peu plus long, mais les deux films donnent envie de lire ou de relire leurs auteurs originels.


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5 Commentaires

  • Reply Imen ...

    Bouffeuse de Vie !!
    tu sais quoi ? nous avons la mm gourmandises .. On se regale pas vrai ?

    22 avril 2009 at 9 09 54 04544
  • Reply D.

    Effectivement Imen!
    Bienvenue chez moi!
    😀

    22 avril 2009 at 10 10 20 04204
  • Reply 70z

    intéressant…catherine breillat…j’avais adoré « A ma soeur » est ce que tu l’as vu?
    merci du commentaire, pour les bouquins tu sais j’ai vraiment la flemme d’en faire des chroniques…mais j’y pense souvent

    24 avril 2009 at 20 08 19 04194
  • Reply D.

    @70z: Je n’ai jamais lu un de ses bouquins mais son univers me parle.
    Pour les chroniques je suis cliente!

    26 avril 2009 at 7 07 56 04564
  • Reply Oriane

    Tu me donne envie de voir « La vieille maîtresse ».

    26 avril 2009 at 20 08 59 04594
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