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Lecture

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Depuis que j’ai délaissé la littérature classique pour les oeuvres contemporaines, il m’arrive souvent de me lasser de lire. Pourtant j’adore la lecture.

Il a fallu que je referme Alabama Song pour comprendre enfin les raisons de ce paradoxe. Il y a trop peu de romans, trop de « Je » et pas assez de véritables oeuvres de fiction qui ont la capacité de transporter le lecteur dans une histoire qui au fond n’est pas celle de son auteur.
Alabama Song n’est pas une biographie, mais c’est tout de même l’histoire de Zelda Fitzgerald, celle qui fut « l’une des Southern Belle les plus étonnantes de sa génération, connue aussi comme romancière, peintre, icône du Jazz Age ».
Zelda fut aussi et surtout l’épouse du célèbre écrivain F.Scott Fitzgerald.
Pour la petite histoire, « Zelda vécut avec son époux la gloire à vingt ans. Passé le milieu des années trente, tous deux tombèrent dans l’oubli ».

Gilles Leroy prend le pari audacieux de développer cette petite histoire au travers d’un roman fleuve aux allures de biographie non autorisée.
L’auteur écrit un peu à la manière de Michel Schneider pour « Marilyn dernières séances » et le récit se déroule sous la forme d’un journal presque intime dans lequel la fiction se mêle à des éléments biographiques.
Au fil des pages, il est impossible de déceler le vrai du romanesque tant tout cela est bien mené.

Ce qui est précieux dans ce livre c’est la manière (de façon quasi fortuite) avec laquelle Gilles Leroy nous décrit la naissance d’une artiste. C’est cette capacité à se glisser dans la peau de cette femme au point d’arriver à décrire des émotions purement féminines.
Alabama Song c’est l’histoire de Zelda et de Scott Fitzerald, deux êtres beaucoup trop charismatiques pour s’aimer simplement. Chacun s’effacera tour à tour derrière l’autre pour laisser la tragédie se dérouler.

Gilles Leroy raconte cette histoire un peu comme une personne qui de sa fenêtre observe un couple. L’image sans le son laisse libre cours à l’imagination qui mêlée au talent nous donne une histoire terriblement inspirante, tellement réaliste et fidèle au lieu qui l’abrite : le sud.

Voilà une autre qualité de ce livre : réussir avec des mots à rendre compte d’une atmosphère, comme si Gilles Leroy avait construit son histoire autour de l’esthétisme de ce sud. Une sensation très agréable et un choix hautement qualitatif que l’on retrouve également dans le dernier film de Bertrand Tavernier « Dans la brume électrique ».
Clarissa Pinkola Estes dans son ouvrage « Femmes qui courent avec les loups » décrit l’impossibilité de la femme de s’exprimer librement et laisser libre cours à sa créativité dans un univers où les codes sociaux sont établis par les hommes. Selon l’auteur, la féminité est l’un des mystère de l’humanité.
Gilles Leroy transcende ce mystère et habite la pensée de Zelda pour nous livrer une oeuvre parfaite, à la hauteur du personnage qui l’a inspirée. Et qui semble ici réhabilité pour tous ceux qui ne la connaissaient pas.
Alabama Song est un roman très esthétique dans lequel rien n’est laissé au hasard, presque autant qu’une séance photo dans laquelle le choix du modèle compte autant que les décors et le stylisme.

Pourtant à aucun moment de ma lecture je suis parvenue à un image figée de cette héroïne…jusqu’à ce que je tombe sur cette série de photos du photographe Tim Walker pour le numéro de mars du Vogue anglais.
Tout en admirant ces photos, je revois Zelda dans cette prison dorée dans laquelle son époux l’a enfermée pour la séparer définitivement de son amant l’aviateur.
Elle n’a alors plus que la pensée pour s’évader et comprend que son salut viendra uniquement de l’écriture. Commence alors la rédaction de son oeuvre propre qui m’a un peu un rappelé les paroles de cette chanson, « Redemption Song »* écrite par Bob Marley alors qu’il apprend qu’il est atteint d’un cancer.





Vogue UK March 09

Vogue Uk March 09

Vogue UK March 09

Vogue UK March 09

Vogue UK March 09

*Bob Marley&The Wailers: Redemption song,Uprising,1980,Island Records/Tuff Gong.

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1 Commentaire

  • Reply Oriane

    J’ai très envie de lire Fitzgerald, je n’en ai pas encore eu l’occasion. Ce livre aussi a l’air passionnant.
    Et la séance photo est très réussie !

    14 mai 2009 at 9 09 56 05565
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