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« Un homme qui crie » de Mahamat Saleh Haroun ♥♥♥

Je ne savais pas que l’on pouvait traiter le drame avec autant de poésie.
Enfin si, je le savais et « Le Ruban blanc » de Michael Haneke en est une brillante illustration.
En réalité en regardant sa bande annonce, je ne pensais pas qu' »Un homme qui crie » serait aussi subtil, aussi sensible et aussi beau.

 Peut-être à cause du sujet : un homme qui vit une relation privilégiée avec son fils de 20ans est anéanti lorsque celui-ci est enrôlé de force au sein de l’armée tchadienne qui fait face à une guerre civile poussant la population à fuir vers les pays limitrophes.
Oui je pensais que Mahamat Saleh Haroun allait nous montrer un Tchad dévasté, en proie à la cupidité humaine et aux horreurs de la guerre. Non dénué d’intérêt cinématographique, mais presque galvaudé.
C’est bien de cela dont parle le film, mais au travers d’un magnifique diptyque que l’on découvre dans les yeux et le coeur d’un père dévasté.
Adam (certainement pas anodin pour celui qui connaît la Bible et le Coran) ancien champion de natation est désormais maître nageur et officie aux côtés de son fils Abdel dans un grand hôtel.
Adam s’épanouit dans cette vie simple avec son (unique) épouse et couve chaque jour son <span class="ver" title="Le premier mot doit probablement être au pluriel, par ex.: quelques jours. »>grand fils d’un regard bienveillant emprunt de fierté.
Ces deux-là entretiennent une relation unique et fusionnelle, comme on en voit rarement au cinéma entre un père (africain)et son fils (unique).
Le combat qu’Adam a dû mener toute sa vie contre les conventions n’est pas difficile à deviner. Tout le monde dans le quartier l’appelle d’ailleurs « Champion ».
Quand la patronne de l’hôtel exprime le souhait de le congédier il lui rappelle que la piscine est toute sa vie, que sans elle il n’est rien, qu’il est le premier maître nageur d’Afrique. Plus qu’une supplication, un cri !
C’est la même protestation qu’il exprime face à ce chef de quartier qui lui réclame sa « participation » financière à l’effort de guerre, le menaçant finalement de « livrer » son fils à l’armée s’il ne s’exécute pas.
Adam persiste à dire qu’il n’a pas les moyens de « contribuer ».
Tout bascule lorsque le fils prend la place du père et que ce dernier se retrouve à gérer la barrière de l’hôtel…

Adam baisse les bras, renonce à protester et perds son fils.
L’histoire est simple et tragique, comme de celles que l’on entend souvent et dont on fait désormais des livres.
Ce qui la rend si particulière et le film d’une grande qualité, c’est cette narration visuelle nourrie par une très belle photographie. Presque toutes les scènes du film présentent les caractéristiques du diptyque, ce tableau composé de deux tablettes rabattables.
Le cinéma est l’art de raconter des histoires, mais également l’art de monter ces histoires.

« Un homme qui crie » est une très belle leçon.

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